Baguettes Chinoises, un jour de fête des mères
Xinran (l'auteure) a écrit les Funérailles Célestes, ça vous dit sûrement quelque chose?
Avec ses Baguettes Chinoises, elle raconte l'histoire de trois filles, Trois, Cinq et Six (leur père n'allait pas perdre de temps à donner un prénom à des filles, tout de même!) de la campagne. Ces campagnardes sont des "baguettes", un ustensile, quoi, dont on se sert et qu'on jette. Alors qu'un garçon, lui, c'est une poutre, qui soutien le toit de sa famille. Ce papa de six filles a perdu le respect du village puisqu'il n'a que des baguettes, et sa femme ne peut pas se plaindre de son sort!
Xinran en Chine animait une émission de radio où les femmes se confiait, elle s'est inspirée de ces histoires vécues pour écrire ce joli livre, écrit dans un style essentiel et droit très agréable. Malgré la lourdeur du sujet le livre est léger et frais. Il se passe au village et surtout à Nankin. D'ailleurs, avant de venir en ville, la jeune fille pensait que la nuit était faite pour dormir... Les personnages annexes sont savoureux, comme Dame Tofu, enfin savoureux pour un gout chinois, parce que le tofu puant, on est heureux de le lire plutot que de le gouter avec un sourire crispé et poli...
C'est tout l'avantage de la littérature!
Ce voyage littéraire est aussi un voyage dans le temps, car le village est resté dans un temps reculé des traditions et du labeur de la terre, alors le voyage vers la ville est aussi un voyage dans le temps vers Nankin dans les années 2000, très contemporain. Dans les reflexions de Cinq et l'expression de ses talents je retrouve mes soeurs du Tibet.
A ce sujet un apparté: ce livre me remémore une anecdote. Dans le village voisin du mien, là haut au Tibet, il y a fort peu de temps, Papa Aggar avait donné naissance à six filles et à un seul garçon. Voici qu'un jour le garçon tomba malade. Papa Aggar se lamentait à qui voulait l'entendre, pleurant en répétant "je préfère voir mourir deux filles, que mon garçon malade!"
No comment.
Retour à Nankin.
Cette belle histoire s'achève mieux qu'on ne le craignait, dans une belle ode d'amour à une maman courageuse, c'est pourquoi je vous parle de ce livre aujourd'hui, jour de la fête des Mamans.
On peut lire une interview de Xinran sur rue 89, des éléments de sa biographie et d'autres choses sur le livre à l'adresse suivante:
http://www.rue89.com/2008/01/22/la-romanciere-chinoise-xinran-demonte-les-prejuges-contre-les-filles
Second apparté:
Moi, ma maman est très instruite et cultivée, et pas du tout effacée. Mais elle est dévouée à sa famille et c'est la vraie "poutre" de notre vie à tous. Il ne nous viendrait jamais à l'idée de la considérer comme une baguette, et même si elle est mince et fragile, dans nos yeux et notre coeur elle est indestructible, éternelle, et infiniment belle.
Merci Maman, j'espère être une maman aussi essentielle que toi et que celle de Cinq!